Agée de trente ans, Eva HARUTYUNIAN, après des études de droit, est l’assistante d’un Juge près la Cour d’Appel de la République d’Arménie, située à Erevan. Au cours de son interview, nous aborderons ici l’exercice du métier de magistrat en Arménie mais aussi le fonctionnement des tribunaux et ses espoirs pour le pouvoir judiciaire arménien de demain.
Bonjour Eva, et merci d’avoir accepté notre demande d’interview. Pourriez-vous dans un premier temps vous présenter brièvement ?
Je suis Eva Harutyunyan et je suis juriste. Je travaille dans le domaine juridique depuis 2004. J’ai exercé pendant 5 ans la fonction de secrétaire des audiences juridiques avant de travailler 2 ans comme Agent du juge. Depuis 2010, je suis l’assistante d’un Juge au sein de la Cour d’appel criminelle d’Arménie.
Comment devient-on assistant du Juge en Arménie ?
On peut devenir assistant du juge en Arménie après avoir suivi un enseignement supérieur en droit, en moyenne quatre ans. Le recrutement se fait ensuite sur concours, en deux étapes : un écrit et un oral. Chaque Juge a un assistant et un agent, ce dernier étant chargé d’aider l’assistant, de rédiger les décisions et d’organiser les audiences.
Quel est le travail d’un assistant du Juge en Arménie ?
L’assistant du Juge est chargé d’écrire les verdicts et les décisions. Le Juge doit ensuite les corriger et les signer.
Comment devient-on Magistrat en Arménie ?
La loi a été modifiée récemment, en 2007. On devient Magistrat après avoir été admis et formé pendant 6 mois à l’école de la Magistrature. L’élève magistrat passe ensuite un examen oral devant le conseil juridique. S’il est reçu, il est nommé Magistrat par le Président de la République.
Comment les tribunaux sont-ils organisés ?
Il y a trois degrés de juridictions en Arménie. La première instance est constituée de plusieurs tribunaux qui examinent les affaires civiles et criminelles ; il y a un seul tribunal administratif en Arménie. Le deuxième degré est constitué de trois cours d’appels : cour d’appel criminelle, cour d’appel civile, cour d’appel administrative. La Cour de Cassation, jurdiction suprême, est constituée de deux chambres : criminelle et civile/administrative.
Quelle est la formation de Jugement en matière pénale ?
En première instance, il s’agit d’un juge unique. La Cour d’appel criminelle rend ses jugements de façon collégiale, avec une formation composé de trois juges. Au niveau de la Cour de Cassation, le Président de Chambre et trois juges doivent être présents pour examiner une affaire au sein de la chambre criminelle. Concernant maintenant la Chambre civile/administrative, le Président et six Juges doivent être présents.
Quel est le statut du Procureur ?
Le Procureur a un statut spécifique. Il n’est pas indépendant. Ces assistants sont les procureurs installés dans les régions (11).
Quel est l’état de la criminalité en Arménie ? Quelles sont les sanctions les plus prononcées ?
D’une façon générale , on peut dire que la criminalité est en baisse en Arménie ces dernières années. Les statistiques de 2010 démontraient que les actes criminels les plus courants étaient les coups et blessures et les vols. Les sanctions les plus prononcées étaient des peines légères : amendes, travaux d’intérêt général. La réclusion criminelle à perpétuité était rare, jusqu’en 2010 on dénombrait 71 condamnés.
Y a-t-il beaucoup de recours devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme ? La Jurisprudence de la CEDH est t’elle prise en compte ?
Les recours devant la CEDH sont de plus en plus nombreux. Dorénavant, chaque individu peut déposer une plainte devant la CEDH et le peuple arménien est mieux informé.
Il y a une réelle prise en compte des décisions rendues par la CEDH qui se traduit par de réels changements dans la Société arménienne. La dernière décision rendue à l’égard de l’Arménie concernait la liberté de conscience et les témoins de Jéovah.
Depuis l’indépendance, des réformes significatives ont-elles eu lieu dans le monde de la Justice en Arménie ? Lesquelles ?
De nombreuses réformes ont lieu depuis l’accès à l’indépendance de la République d’Arménie. Auparavant, il n’y avait que deux degrés de juridictions. Il y en a désormais trois. Ceci assure davantage encore le respect des droits des citoyens arméniens et de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais, la réforme la plus importante pour moi est sûrement la suppression de la peine de mort.
La corruption est-elle pesante dans le développement du système judiciaire arménien ?
En Arménie, il y a eu d’importants changements ces dernières années et la corruption tend à diminuer voire disparaître.
Comment définiriez-vous la situation actuelle de la justice en Arménie ? Quels sont vos espoirs ?
Je suis confiante, la situation ne cesse de progresser positivement ces dernières années. Je place mon espoir dans le fait que cette amélioration se poursuive afin que le peuple croit à la justice et que cette dernière gagne en Arménie.
Interview réalisé par CC




